dimanche 31 janvier 2010

La cité des Roms

"La cité des Roms", un film de Frédéric Castaignède

Revue de presse (http://www.lacitedesroms-lefilm.com/)

Dans le ghetto de Nadejda, au coeur de la Bulgarie, où quelque vingt mille Roms vivent confinés derrière un mur en béton, Angel Tichaliev et les autres militants de l’Organisation de la jeunesse rom, une ONG locale, mènent un programme de déségrégation scolaire pour lutter contre les discriminations scandaleuses dont sont aujourd’hui encore victimes les Roms. Pendant ce temps, dans le bar à soupe que tient Stefka Nikolova, véritable place publique du ghetto, la campagne pour les élections municipales est au centre de toutes les passions. Dans cette démocratie balbutiante, les Roms ont le droit de voter, mais tous les candidats cherchent à acheter leurs voix…

(Vidéos de Daily Motion - si vous voulez les voir en plus grand. Il manque la première partie du film que je n'ai pas trouvée)

Partie 1
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Partie 2
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Partie 3
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Partie 4
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"Que sait-on des Roms ? On croit tout savoir, et finalement on ne sait pas grand chose, tant ils sont enfermés derrière un mur de préjugés et de stéréotypes, qu’ils soient négatifs – mendiants, voleurs, sales… – ou positifs : l’image exotique de l’éternel nomade libre et insouciant, musicien de génie ou danseuse passionnée…
A contre-courant d’une sempiternelle approche folklorique ou misérabiliste, j’ai voulu, à l’image de mes précédents documentaires, réaliser un film politique. La chronique d’un ghetto rom, celui de Nadejda en Bulgarie, métaphore de l’apartheid qui frappe aujourd’hui l’immense majorité des Roms d’Europe, mais aussi parabole d’un combat universel contre toutes les formes de discrimination raciale.
De fait, j’ai construit ce film autour de deux protagonistes centraux extrêmement attachants et bien éloignés des stéréotypes sur les Roms : Stefka, dont le bar à soupe constitue la véritable place publique du quartier, et Angel, un militant rom qui se bat avec une conviction acharnée pour défendre les droits de sa communauté, et permettre aux enfants roms d’être intégrés dans des écoles bulgares.
J’ai voulu montrer cette réalité d’une manière crue, âpre, immerger le spectateur dans une histoire articulée autour du point de vue unique des Roms et dépouillée de tout commentaire ou interview. Avec l’espoir peut-être de faire découvrir une autre image des Roms, et de faire reculer cette méconnaissance qui bien souvent suscite l’incompréhension, la peur, les préjugés, l’intolérance. En bulgare, nadejda veut dire « espoir »…"
Frédéric Castaignède
Merci à Seb pour le conseil.

jeudi 28 janvier 2010

Bretagne, Bergisches Land, Bénin... Bulgarie !

Plus d’un an et demi qu’on ne s’était croisés qu’en coup de vent quelques heures entre deux trains – il était temps de se revoir ! Christophe fait escale une semaine en Bulgarie avant Istanbul.

Arrivée dans Sofia enneigée et première soirée - plus macédonienne que bulgare en fait !

Le lendemain, la tendance au rétrécissement progressif des heures de bureau a connu un record : arrivée vers 12h et départ vers 12h 35, sight-seeing oblige ! Comme on fait d'habitude avec Kevin chaque midi, on mange dans le tout petit resto à côté du bureau, "Chez Toni". Une petite gargotte qui ne paie pas de mine, devant laquelle on ne s'arrête pas, mais presque toujours au complet... sauf pour les fidèles habitués, pour lesquels on trouve toujours de la place ! Le public : uniquement bulgares, quasiment que des hommes, la cinquantaine passée, et toujours un verre de vin ou de rakia accompagnant leurs multiples plats qu'ils se partagent tous. Une ambiance très sympa, dans laquelle Kevin et moi se faisons doucement notre place. Et ce jour là, grande progression dans notre intégration dans le clan de Toni ! Tout était complet, sauf la table des "chefs", les plus grands habitués et amis du patron... qui nous ont invités à se joindre à eux ! Un boucher, un ex-joueur de foot, et un francophone qui nous a envoyé dire "bonjour" à sa soeur, directrice de l'Institut français de Sofia, et dire "ta gueule" (en français) au directeur de la bibliothèque municipale à côté ! Une vraie tranche de vie bulgare, sacrée chance pour ce premier repas à Sofia.

L'église russe St Nicolas

Après le tour des curiosités de Sofia, retour à l'appart, où Christophe et moi arrivons ensemble à rater ce qu'on essayait de cuisiner -je tairai ce que c'était pour notre restant de dignité. Il y a des choses qui ne changent pas - en tout cas, nos expérimentations sont sans doute inédites !

Soirée à Sofia, à nouveau plus européenne que bulgare, et découverte de la vie nocture de la capitale, glissant d'un lieu à l'autre sur le verglas dont les rues sont couvertes.

Départ pour Haskovo le lendemain.

Les paysages enneigés à travers lesquels le bus passe sont très beaux. Décidément, leur charme s'exerce en toute saison.

On est accueilli par Seb, un ami volontaire belge. Les rues de la ville sont désertes et le froid commence à être très pinçant. Seb nous introduit dans un endroit décrit par Sergui comme "the place to be in Bulgaria", le Jazz Bar. Effectivement, je n'ai jamais vu de tel bar. Déjà, il faut savoir qu'il existe, premier obstacle aux passants et promeneurs qui n'en auraient pas mérité l'accès. Le Jazz Bar, il faut y être invité. Et pour cause : c'est quasiment le salon du couple de propriétaire. Des instruments de musiques, des photos, des objets de partout (machine à faire fondre du chocolat, chaise haute, chaussures...) sont entassés un peu partout comme dans un grenier abandonné dans lequel on aurait placé quelques tables et chaises. Le patron, musicien, et Seb s'échangent de la musique. Après 22h, à cause des voisins, quand la musique s'arrête, il faut parfois même parler à voix basse, nous raconte Seb. Nous sommes tous sous le charme.

Un peu plus tard, changement d'ambiance au Social Club Red Salsa. Une nouveauté pour une petite ville comme Haskovo, où les clubs passent la plupart du temps de la musique tchalga et où ce type de danse est assez mal vu pour les hommes. Un reportage radio d'amis de Seb sur ce club salsa ici.

En route pour Kardjali



A Kardjali, on retrouve Paddy, volontaire irlandais, et Marco, un copain de Corrado, volontaire italien. Ensemble, on va à Perperikon. Le taxi -seul moyen pour y accéder- nous dépose dans la montagne. Autour de nous, une petite cabane qui semble marquer l'entrée dans Perperikon, et de la neige, de la neige, et encore de la neige.

Toutes les civilisations passées par la Bulgarie ont vécu à Perperikon, les Thraces, les Romains, les Bizantins... Des rituels sacrés y ont eu lieu depuis la nuit des temps. On y pratiquait le culte des pierres et de la céramique ainsi que celui de Dionysos. La ville aurait rivalisé d'importance avec Troie et Mycènes. Du côté de la légende, Alexandre le Grand aurait reçu à Perperikon la prophétie selon laquelle il conquèrerait l'Asie, puis plus tard un oracle aurait prédi à Octave, l'empereur romain, que son fils Auguste dirigerait le monde.

" ... When Octavian, father of Augustus, at the head of his army, came upon the Holy Mount of Dionysus, he consulted the oracle about his son, and the prophets said to him that his son was to rule the world, for as the wine was spilt onto the altar, the smoke rose up above the top of the shrine and even unto heavens, as had happened when Alexander the Great himself had sacrificed upon that same altar."
Gaius Suetonius Tranquillus
Perperikon se trouve dans les montagnes Rhodopes, où Orphée habitait. L'entrée des Enfers, où il a été chercher son aimée Euridyce, ne se trouve pas très loin, dans la gorge du Diable (gorge de Trigrad).
On se prépare à un lieu magique !

Christophe et Marco, bataille de pics de glace

Il faut mériter l'arrivée à Perperikon

Après une trentaine de minutes à s'enfoncer dans la neige, se tromper, chercher le chemin, on arrive au sommet, sur le site de Perperikon.



Après Alexandre, on se sent un peu tous maîtres du monde de là-haut




Plusieurs palais et temples ont été construits à différentes époques dans la roche.


Le trône royal

Dans la neige - photo un peu injuste car j'y étais beaucoup plus souvent que Christophe en fait



Rencontre inattendu avec ce monsieur (notez le bonnet Pokemon !), qui nous fait une grande visite guidée de tout le site. Il habite dans le coin et doit boucler ses fins de mois avec ces tours. Mais "ne dites pas aux gens en-bas que vous m'avez vu surtout, il n'y avait personne en haut hein ?". Un petit air d'escroc derrière ses yeux bleus -il nous propose des pièces de monnaie (plus ou moins) antiques et demande un peu plus d'argent car ses pieds sont mouillés- mais un bonhomme très gentil qu'on a eu de la chance de rencontrer pour mieux s'imaginer les palais à partir des ruines.



Notre guide, Christophe, moi et Paddy

Marco et Paddy




On rejoint l'Happy Hippy Hostel où Paddy et Corrado travaillent comme volontaire (le site a été fait par Paddy d'ailleurs). Il se trouve dans un tout petit village près de Kardjali, Letovnik (signifiant "le repos du voyageur"), qui ne comprend que quelques maisons et aucun magazin. Deux fois par semaine, une camionnette arrive au village pour vendre aux habitants des produits de la ville. L'Happy Hippy Hostel était une ancienne école. Lors de la "grande excursion", un exode massif des Turcs de Bulgarie vers la Turquie suite à la politique de "regénération nationale" menée par le gouvernement dans les années 1980 visant à "bulgariser les Turcs, beaucoup de villages se sont fortement vidés de leurs habitants, comme Letovnik, d'où l'abandon de cette école. Un couple d'Anglais, Dave et Lara, ont racheté le bâtiment et travaillent à le retaper depuis quelques années. La belle histoire du Happy Hippy Hostel ici.

Lara dans le salon -seule pièce chauffée de tout le bâtiment

Je retrouve avec plaisir Corrado, un volonataire italien que je n'avais pas vu depuis longtemps, et on rencontre Dave et Lara, à la base du projet de l'auberge de jeunesse, et deux Australiens qui travaillent depuis un mois avec eux. Depuis quelques jours, ils ont eu l'idée de noter sur le grand tableau noir du salon les températures dans différents endroits de l'auberge, et dehors. Seul le salon est chauffés et les degrés baissent dangereusement. -15 le soir où on arrive. Les toilettes étant dehors et sachant qu'il faut passer par la neige et le verglas avant d'y arriver, mieux vaut prendre ses précautions avant la nuit. L'ambiance dans l'auberge -qui n'est pas encore officiellement ouverte, est très sympa. Lara cuisine pour nous tous et on mange ensemble dans le même plat. Tout est bien sûr bio et d'une qualité qu'on ne trouve que dans ces petits villages. Partie de poker endiablée ; l'enjeu servira à faire la fête le surlendemain, jour national de l'Australie.

Puis vient une nuit dont je me souviendrai : malgré mes deux pantalons, deux collants, chaussettes, chaussons, quatre T-shirts, deux pulls, bonnet, manteau et trois couvertures, je ne ferme quasiment pas l'oeil de la nuit à cause du froid, comme Christophe. Il faut sans doute encore qu'on s'adapte - et qu'on prenne plus de couvertures ! A nouveau -15°C au réveil, je me demande combien il a fait cette nuit. Direction le poële du salon où je reste collée. Pour se remettre de ces émotions, rien de tel que le petit dèj que nous amène Paddy. Ca faisait longtemps que je n'avais pas goûté de si bonnes confitures !

Dans le salon, photo de Marco

Tous les meubles ont été sculptés par l'équipe et recouverts de peaux de bêtes. L'ambiance chaleureuse rattrape bien les températures - moins chaleureuses quant à elles.

Derrière moi, les fameuses températures
Après un cours de tricot avec Paddy, on s'essaie au didjeridoo, sans trop de succès !

L'une des idées de l'Happy Hippy Hostel est d'élever des autruches, pour leur oeufs et pour pouvoir proposer dans quelques années des courses d'autruches. Apparemment, elles peuvent supporter des températures de -50 à 50° ! Pour l'instant, elles sont encore trop jeunes pour être montées, mais elles vivent normalement jusqu'à 50 ans.

Le gang des autruches adolescentes



L'Happy Hippy Hostel


Bretagne : 2431 km

Départ en expédition dans les Rhodopes, à la recherche d'une source.

Premier obstacle sur notre route

Un abri pour le foin des vaches, comme on en voit beaucoup le long de la route. Ils permettent au foin de ne pas être mangé par les animaux et de ne pas pourrir à cause de l'humidité du sol.

Paddy


Plages de cailloux et mers de neige




Il y a des fois où briser la glace n'est pas forcément une bonne chose.


Marco, Christophe et moi. Les gants en laine, vraiment pas une bonne idée.


Et quand on pensait avoir perdu la route de la source, un petit filet d'eau qui n'est pas encore gelé nous indique sa direction.


Arrivée à la source

Fraîche, mais très pure









Descente et coucher de soleil sur la montagne. Avant d'arriver on rencontre un habitant du village (photo ci-dessous).


On discute ensemble. Ce monsieur est Turc et a vécu la "bulgarisation des Turcs" dont je parlais plus haut : dans les années 1980, il a donc du changer son nom pour un nom bulgare imposé. Puis dès la chute du régime communiste, il a repris son nom turc, qu'il a tatoué sur son bras, pour bien montrer quel est son vrai nom ! La petite histoire vient illustrer la grande. C'est toujours étrange de se rendre compte en rencontrant les gens et en écoutant leurs récits que ces choses ont vraiment eu lieu, ont eu des impacts sur des vies, et n'existent pas seulement dans les livres.
Des voisins bulgares viennent nous rejoindre à l'auberge et on passe une soirée tranquille. Cette fois, on a tout prévu, les chaussettes sur le poële quelques heures, les couvertures autour de nous dans le salon pour les "préchauffer" avant de dormir, et quelques couches en plus. Et soit grâce à tout ça, soit on s'est adapté, mais on arrive à bien dormir !
Le lendemain, on quitte l'Happy Hippie Hostel pour retourner à Haskovo, où j'ai oublié mon chargeur et où Christophe pense l'avoir oublié (en fait non). Comme pour la cuisine, l'avantage à partager pas mal de défauts communs Christophe et moi est qu'on ne peut jamais s'en vouloir. C'est l'occasion de revoir Seb et Sona un petit peu et de faire une pause avant de se remettre en route pour Sofia.

Dernière soirée Art Hostel où un concert de guitares a lieu (toujours impressionnant les guitaristes quand même faut avouer), et passage à the Apartment, pour un petit aperçu des bars originaux de Sofia.

Puis déjà mercredi matin. Après un croissant "au chocolat, au chocolat, au chocolat, au chocolat" (cet air est un tube européen désormais !), un retour au bureau pour moi et un passage au marché des femmes pour Christophe, on se retrouve à Veda House pour un dernier thé avant de retrouver les goûters parisiens dans six mois. C'est la fin du voyage en Bulgarie pour Christophe, mais bientôt le début de celui en Turquie. Sur le quai complètement désert, le contrôleur me demande si je monte.
"- J'aimerais bien, mais je n'ai pas de ticket...
- Allez, je vous l'offre alors !"
C'est tentant, mais je vais rester à Sofia pour cette fois. Bon voyage Кристоф !